Publiée le 29 mars 2021

Actualité

L'île de Ré et le charroi du sel

Au début du XXe siècle sur l'île de Ré, le sel est transporté sur le dos des "criquets" (surnom des petits chevaux rétais).

© Archives départementales de la Charente-Maritime, 78Fi Ile de Ré.

Cette image illustre une étape essentielle du travail communautaire dans les marais salants de l’île de Ré, entre Fier d’Ars et Fosse de Loix au début du XXe siècle : le transport du sel.

Les sauniers s’activent sur le « tasselier » (ou « trémet »), la plate-forme en surplomb des marais salants où on amasse en « mulon » (tas) le sel récolté. Ils chargent les bâts de leurs « criquets » (surnom des petits chevaux rétais) qui s’en iront ensuite, agilement, porter leur précieux fardeau sur les étroits chemins des « bosses » jusqu’au chenal d’embarquement…

Petites et grandes Heures d'une richesse insulaire


Les salines de l’île de Ré, bien que plus anciennes, ne sont réellement documentées qu’au début du XVe siècle. Moins précoces qu’en d’autres parties du littoral atlantique, elles ont toutefois bénéficié de conditions naturelles particulièrement favorables à leur développement.
Pour les navires marchands flamands (notamment) qui longent les côtes, le refuge du pertuis et les possibilités d’escales sont, en faveur de Ré, des arguments d’autant plus décisifs que l’envasement menace les salines de l’Aunis, du Brouageais, des Isles de Saintonge.

Selon les estimations de l’ingénieur Claude Masse, les marais salants couvent 1 350 hectares au tournant du XVIIIe siècle. La propriété ecclésiastique, prépondérante au Moyen Age, devient marginale au fil du temps. Un « domaine » salicole est un investissement de plus en plus prisé par l’élite rochelaise (avec toutefois une reprise en main du territoire insulaire par les Rétais en avançant dans le siècle).
Le sel, marchandise hautement spéculative, n’enrichit pourtant pas les sauniers qui exploitent les marais mais n’en sont pas propriétaires. La mise en culture des « bosses » et la pêche à pied peinent à éviter les disettes… Ils demeurent, bien plus que les négociants, largement tributaires des accidents climatiques (comme un moindre ensoleillement, de fortes pluies, les tempêtes…) mais aussi des vicissitudes plus « politiques », telles que l’insécurité et la perte des marchés liées aux nombreuses guerres contre les Anglais qui occasionnent le repli voire l’abandon de l’activité saunière. 

Dans les années 1830, Ré compte pourtant 20% des marais salants de la Charente-Inférieure (plus de 1 500 hectares sur 7 900). Vignes et salines représentent 68% des terres travaillées de l’île. Le canton d’Ars exploite le sel sur 38% de sa superficie ! 
La paix revenue, la réputation intacte du sel de Ré ouvre à nouveau quelques perspectives commerciales : salaisons des viandes et des poissons (notamment pour « la grande pêche »), usage domestique, apprêt des peaux en mégisserie, fabrication de la soude… 

Si, vers 1860, la production salicole insulaire « pèse » encore pour 5% de la production nationale, la concurrence du sel gemme de Lorraine et du sel « du Midi » est forte : ils sont d’une grande régularité de production et le chemin de fer leur assure un soutien logistique capital.
Faute d’initiatives industrielles et commerciales d’envergure, le déclin de « l’or blanc » de Ré est inexorable. Le quotidien des sauniers est difficile (même si certains sont devenus propriétaires à la vente de marais dépréciés), le recul des surfaces saunantes jusqu’aux années 1980 en donne une preuve.
Aujourd'hui, avec la recherche d'une consommation locale et de qualité, en lien avec la préservation des espaces naturels, le sel de Ré connaît un renouveau indéniable.

Sur l’ile de Ré, le charroi du sel.

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78Fi Ile de Ré