Publiée le 18 novembre 2021

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Le Haras national de Saintes

L’ordonnance royale du 22 juin 1846 est, derrière son aridité, un acte fondateur qui ouvre l’histoire d’une institution : le Haras national de Saintes.

© 12M8/8

L’ordonnance royale du 22 juin 1846 consacre les efforts d’Hyppolite Delaage, conseiller général et président de la Société Hippique de Saintes.

Ce document pour le moins laconique, conservé aux Archives départementales dans le fonds de la Préfecture sous la cote 12M8/8 est, derrière son aridité, un acte fondateur qui ouvre l’histoire d’une institution : le Haras national de Saintes.

Consultez l'ordonnance royale dans son intégralité

Aux origines…

Révolution industrielle, urbanisation, progrès agricole, nouvelles mobilités collectives et privées… Le XIXe siècle avançant, le cheval devient, comme jamais, un enjeu politique, économique et social de premier plan.
La Société d’Agriculture de Saintes s’empare du sujet, compilant de nombreuses réflexions formulées localement ou nationalement depuis « 1800 ». L’idée d’avoir à Saintes un dépôt d’étalons d’Etat est d’emblée justifiée par une double argumentation : la présence d’une tradition forte d’élevage du cheval et la perspective de bénéfices immédiats pour l’agriculture (approvisionnement en fourrages, octrois) et pour le commerce (nouvel attrait pour foires et marchés, organisation de concours, installation prévue d’une quarantaine de familles…).
Sous la conduite volontaire d’Hyppolite Delaage, le projet prend réellement forme à partir de 1844. Il gagne la confiance du plus haut niveau de l’Etat qui, toutefois, se désolidarise immédiatement de son financement. La réussite de l’entreprise sera donc entièrement locale. Le financement…difficile, est conjointement assumé par la Ville de Saintes et le Conseil général. Il est accepté au Ministère de l’Agriculture et du Commerce le 22 juin 1846.

1846… et après

L’établissement est programmé sur la rive droite de la Charente, encore dépeuplée, le long de la route de Cognac. Le dossier de l’architecte Fontorbe étant validé par le Conseil Général des Bâtiments Civils le 20 mai 1847, les travaux peuvent commencer. Quelques résistances, les délais d’approvisionnement du chantier, les troubles de 1848 retardent (très relativement) la construction qui se poursuivra jusqu’en 1854 (et même au-delà si on considère les réparations et autres transformations).
L’activité « chevaline » débute toutefois au printemps 1849. La grande enquête sur les Haras de 1850 place la toute jeune circonscription, qui n’a pas encore de réalité, à la 22e position (sur 25) pour le nombre de juments saillies et à la 23e pour la population chevaline totale !
Dès 1865, la remonte militaire et le commerce de luxe ont commencé à rechercher le cheval de type « charentais », un solide cheval de selle, convenant aussi à l’attelage.
Tandis que l’industrie chevaline vit son apogée (1870/1875 – 1914), le Haras s’inscrit bientôt au cœur d’un réseau dynamique composé :

  • de syndicats d’élevage organisés par race ou par secteurs géographiques,
  • de sociétés hippiques locales,
  • de sociétés de courses (Gémozac, La Rochelle-Châtelaillon, Rochefort, Marennes-Cozes, Oléron, Marans, Mirambeau, Montendre, Pons, Royan, Saintes, St-Genis-de-Saintonge, St-Jean-d’Angély, Saujon…,
  • de l’école de dressage de Rochefort, fondée en 185,
  • du dépôt de remonte de Saint-Jean-d’Angély.

L’Entre-deux guerres est une période de transition avec la disparition progressive du « cheval quotidien », tendance confirmée par la motorisation générale des transports et des loisirs dans les années 1950-60. Tout en se modernisant, les Haras nationaux acquièrent une dimension patrimoniale : architecture, génétique, mobilier (voitures hippomobiles, sellerie, œuvres d’art…) et immatériel (équitation, attelage).
Au début des « années 2000 », l’Institution est pourtant politiquement condamnée. La plupart de ses sites ferment… En 2019, la vente de l’ancien Haras de Saintes est signée.

L'ordonnance royale

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ADCM, 12M8/8